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Le symbole du serpent dans l’hindouisme

serpent bronze

Et si la prochaine fois que vous voyiez un serpent vous surmontiez l’aversion et l’envie de le tuer ? Elle est héritée d’un processus qui veut que les vestiges des civilisations disparues nous apparaissent comme des signes maléfiques contre lesquels nous pouvons laisser libre cours à notre répugnance.

Dans beaucoup de villages du Sud de l’Inde, les divinités protectrices des villages (grama devatas) sont des cobras. Sous les arbres, sur une roche dressée, des villageois leur offrent du lait tous les jours.
Ce culte villageois nous rappelle que toutes les grandes traditions du monde prêtent au serpent un rôle sacré dont témoignent d’innombrables représentations et récits légendaires.
Sans nous livrer à une étude détaillée, nous vous proposons quelques clefs qui permettent de décoder certains passages de grands textes de l’Hindouisme (Védas, Purânas, Itihassaa) et aussi d’autres traditions, telles le Bouddhisme ou le Jaïnisme. Il faut se souvenir que le culte rendu au serpent avait à une époque très reculée, une importance que l’on ne soupçonne plus…

C’est sur une double correspondance symbolique de l’animal sacré que nous porterons l’accent, puisqu’il est utilisé à la fois pour une illustrer la théorie cyclique et pour symboliser dans le monde des hommes un univers parallèle et secret.

LE PYTHON CELESTE : SYMBOLE COSMIQUE

Dans l’Hindouisme, un gigantesque serpent royal (Sarpa) représente la matière brute, primordiale, aveugle et indifférenciée (Prâkrit) qui prête sa plastique au Créateur. Dans certaines autres traditions ce rôle est tenu par un autre géant antédiluvien : le dragon.
C’est le symbole de la vie avec ses apparitions, détériorations, disparitions et renaissances. C’est aussi le verbe divin et la sagesse.

Trois serpents géants (parmi d’autres) tirés des récits mythiques (Mahâbhârata et Purânas) sont souvent associés par les commentateurs:

Le nom du plus célèbre, Shêsha veut dire la mue ou le reste. C’est la Voie Lactée, le vestige des univers détruits dont fut tirée la substance du monde au début de la création. Déroulé, il est présent dans le ciel pour toute la durée des cycles cosmiques et il paraît supporter et protéger Vishnou, qui retiré dans son paradis, se repose en flottant sur un océan de lait (la conscience pure préservée du devenir).
S’il est le vestige des anciens mondes, il est aussi la genèse des futurs. Il survit à chaque déluge (Prâlaya) d’où ses qualificatifs de Adi (l’origine) et Ananta (Eternel). De ce « sac vide » proviennent tous les êtres et objets du monde. Ainsi, sa tête roule dans le ciel (le soleil) et son eau qui tombe du ciel pour couler vers la mer.

Ailleurs dans les Purânas, nous retrouvons le géant sous le nom de Vâsuki. C’est la ligne d’horizon. Il va permettre aux êtres de lumière et de ténèbres (Dêvas et Asuras) de barater tous ensembles l’océan de lait pour y retrouver des objets et le Soma qui y avaient été oubliés lors du déluge. Il s’enroule et enserre alors le mont Mandara (l’axe du monde, Dharma) qu’il va faire pivoter (du moins pour les êtres). Cette lutte éternelle entre l’ombre et la lumière va provoquer au fil du temps l’apparition de toutes les merveilles et de toutes les calamités du monde…

Enfin, le serpent Takshaka joue un rôle clef dans tout le Mahâbhârata. C’est le roi discret d’un monde souterrain et abyssal qui conduit la destinée humaine. Bien qu’on ne puisse le percevoir car trop immense et immobile. Il est le support du monde par ses éléments les plus solides : la terre et l’eau. Qu’il bouge moindrement la tête, et c’est un tremblement de terre catastrophique ! Au déluge final de feu (Pralaya) il échappera à la destruction et sera l’origine d’un nouveau cycle de vie.

Le serpent céleste est donc l’état potentiel, aveugle ou causal d’où proviennent toutes les formes de la manifestation cyclique du monde. C’est Mâyâ qui sert de support au créateur pour créer et soutenir le monde mais c’est aussi de force cataclysmique qui va le détruire.

LES NAGAS : PEUPLE SOUTERRAIN ET SUBAQUATIQUE

Le grand serpent divin a donc chuté dans le microcosme ou monde des créatures. L’homme y tient la place du milieu et y est entouré de « Puissances » (forces subtiles ou inclinaisons) que l’on divise en Dêvas (Anges – pensées lumineuses – êtres de lumières) ou Asuras (Titans – pulsions – êtres privés de lumière). Bien qu’opposés dans leurs actions, ils sont de la même nature et ne se tuent donc jamais entre eux : l’Asura est un Dêva en puissance et le Dêva reste Asura par essence *. Ils ne sont en lutte que parce que les Asuras veulent sans cesse usurper la place des Dêvas dans le ciel.

Sous le nom de Nagas on désigne un peuple nombreux d’Asuras. Ils sont les maîtres des mondes inférieurs ou souterrains (les sept Talas ou Patala Loka ) et peuvent se transformer pour redevenir célestes.
Ils vivent dans les cavernes, sous la terre et au fond des eaux mais surgissent parfois à la vue des hommes (prise de conscience) pour disparaître ensuite sous le sol comme par enchantement.
Les Nagas sont représentés comme des cobras royaux aux deux crocs venimeux (la dualité). Ils ont une ou plusieurs têtes (humaines) ornées de capuchons déployés…
Ils vont souvent en couple avec leur Nagini et parfois sont mi-homme, mi-serpent. Parfois, ils passent de l’une à l’autre forme ce qui illustre leur proximité avec notre race.
Ils sont les gardiens de pierres précieuses et de joyaux qu’ils utilisent pour s’éclairer sous terre. Ils peuvent être d’une grande beauté et ont une nature artistique accomplie, pratiquant la musique, l’harmonie et la poésie.

Tant de récits mettent en œuvre les Nagas qu’on ne peut les citer. Nous ne mentionnerons qu’un fait significatif à titre d’exemple : dans la Chandogya Upanishad, Krishna était un Asura avant de devenir plus tard dans le Bhâgavatam le 8éme avatar de Vishnou (8 étant le chiffre symbolique des Nagas). Encore enfant, il triomphe en se jouant du roi des Nagas Kaliya (qu’il épargne bien sûr…) et l’exile pour toujours.

Les cobras représentent l’énergie vitale présente dans chacune des créatures (pour certains commentateurs « ses tripes») et ils expriment tout d’abord la pulsion vitale égocentrique, l’instinct de préservation et de reproduction (bhoga). Pour l’homme ordinaire, le serpent est alors le terrible égo , ce prince des ténèbres, qui le domine et le conduit. Surgi de l’ignorance originelle, il enchaine l’homme au destin et à la mort. C’est ce serpent là qu’il faut tuer…Et c’est précisément ce que l’on oublie même d’essayer !

Par contre, chez certains, cette énergie asurique pourra être réorientée et canalisée vers la connaissance. C’est elle qui va alors guider l’homme vers le monde lumineux des Dêvas au moyen du sacrifice (Karma Khanda) puis à la libération au moyen de la spiritualité (Jnana Khanda). L’homme de sagesse mue et se délivre de son aspect hideux par sa nouvelle orientation. Il a brisé le cercle vicieux du Samsara.

CHINMAYA MISSION REUNION

* Dans les temps anciens, tout symbole sacré avait une valeur ambivalente : tantôt bénéfique et tantôt maléfique en fonction du contexte où il se situe. L’Hindouisme a préservé cette ambivalence.

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