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Combat syndical des immigrés indiens à la Réunion

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La conscientisation sociale et professionnelle a amené les engagés à s’organiser, pour se défendre en un système d’actions revendicatives. Les Indiens furent des novateurs et des précurseurs dans ce secteur du syndicalisme, particulièrement dur et combattu à l’époque.

Partenaire social de la première heure

Mal payé, s’adonnant très souvent à la désertion et quelquefois aux révoltes, l’indien, malgré son statut de salarié libre, partageait en tout point les conditions de travail de l’esclave. La dureté et la somme du labeur étaient semblables. L’indien se trouva à une place bien souvent inférieure à l’esclave. Ces esclaves créoles nés au pays et rodés au travail, étaient bien connus de leur maître qui récompensait les meilleurs par des postes de commandeurs. Cette faveur amena bien des révoltes et des désertions.

Si la première décennie de l’engagisme ( 1850-1860 ) s’avérait plutôt calme, les choses allaient changer rapidement dès 1860 avec une crise économique due à une baisse notable de la production de sucre. Les conditions de travail vont se durcir, les salaires versés en retard. La situation est jugée dramatique. Dans un rapport daté de 1864, le Consul britannique fait état de plaintes dénonçant les mauvais traitements infligés aux travailleurs indiens.
Avec un contrat en bonne et due forme, où étaient clairement stipulées obligations et droits, l’engagé indien allait se distinguer des autres travailleurs, pour la plupart des esclaves, n’ayant ni droit, ni défenseur..

Début des actions revendicatives

Les clauses de sauvegarde de la Convention franco-britannique sur l’immigration indienne n’étant plus respectées, les formes de répression nombreuses, les Indiens vont s’organiser et donner à La Réunion une structure syndicale reconnue et déclarée.
Les engagés ont vite compris que la défense isolée et personnelle est vouée à l’échec. Ils s’organisent en petits groupes d’action et interviennent notamment le soir dans les camps et autres calbanons.
Un groupe initié par Ogou Sourapa écrit en 1837 au directeur des services du ministère de l’intérieur pour présenter une série de revendications et les doléances des familles indiennes brimées.
Plusieurs pétitions seront ainsi enregistrées et transmises aux autorités, pétitions dans lesquelles figurent les noms de Soubasaïdou, Michiari, Natchioulon, Soubaylay, Condapa, Padayna, Swama, qui se positionnent tous comme défenseurs des intérêts de leur compatriote. La tache n’était pas aisée en 1830, 1860, 1880, lorsque les engagés indiens étaient encore des étrangers, qu’ils ne parlaient que leur langue d’origine et ne jouissaient d’aucune protection juridique légale.

Oyapouri un visionnaire

Fils de commerçant de Saint-Benoît, Oyapouri réussit son brevet élémentaire et se dirige vers Saint-Denis pour occuper un premier emploi de fonctionnaire dans les services de santé. Il militera dans le syndicalisme pas seulement comme engagé indien, mais comme réunionnais défendant les intérêts de tous les travailleurs des classes laborieuses. Il se positionnera ainsi comme homme de gauche.
Oyapouri devient également un des dirigeants de la Fédération des Travailleurs de La Réunion qui regroupait les syndicats des cheminots, des dockers, des ouvriers engagés d’usine et le non moins important syndicat des hâleurs de pioche.
Dans la deuxième partie de son ouvrage consacré aux indiens de La Réunion, Firmin Lacpatia a réservé un chapître a celui qu’on appelait Ogou Sourapa, il lui décrivait comme celui qui, après la période précédant l’abolition de l’esclavage a visiblement marqué son temps en se faisant très souvent le porte-parole de ses compatriotes en lutte; usant avec un art certain de l’illégalisme populaire, qui, souvent prenait des formes qui ressemblaient à du syndicalisme. Une grande partie de son histoire est sûrement à verser à l’histoire du silence, car non écrite. Souligne Firmin Lacpatia dans son ouvrage.
Oyapouri sera également le porte-drapeau du groupe « Libération » qui voit le jour au début de l’année 1938, et participera au grand meeting de mai de la même année. Il est décrit comme un lutteur d’avant-garde, un homme de terrain et d’action, un formateur hors pair.

Gabriel Virapin un leader syndical regretté

Autre personnalité remarquée du monde syndical de l’époque, Gabriel Virapin fonde le « Syndicat des hâleurs de pioche. Ce fut un ardent défenseur des intérêts et des droits des Indiens et plus particulièrement des ouvriers agricoles.
Homme ambitieux, il crée également un journal contestataire « l’Evolution. Il mènera une lutte acharnée pour l’égalité sociale. Gabriel Virapin quittera en 1947 la Réunion pour se rendre en métropole. Personne n’a pu et n’a voulu reprendre le flambeau de cet homme dynamique. Nombre de gens de la communauté allaient regretter son départ.

De nos jours

Nous sommes très loin de Sourapa et Oyapoury, de ces hommes qui dès la moitié du XIXème siècle avaient inventé la résistance passive, la manifestation non violente, l’inertie revendicative et le sit-in. Le rapport de police de 1852 cités par Firmin Lacpatia et Sudel Fuma relate ainsi cette forme d’opposition : « Ces hommes se jettent à terre et opposent à tous une force d’inertie inébranlable. Ils manifestent en une résistance non violente qui donne bien du mal aux forces de l’ordre. Pour les vaincre, il faut saisir les meneurs qu’on renvoie chez leurs engagistes ».
De nos jours il ne reste plus que Jean Yves Minatchy qui préside à la destinée de la CGPER dans le monde agricole.
L’éducation nationale comptera parmi ses représentants syndicaux Albert Ramassamy qui fut le secrétaire général du SN, Jean-Baptiste Ponama et M.Sidat.

« La grandeur d’un homme se mesure par son dévouement envers ses compatriotes » citation du Mahatma Gandhi. C’est ce sentiment qui animait à l’époque ces valeureux combattants que furent Oyapouri et Virapin à une époque charnière où seul le courage n’aurait pas suffi.

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